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Full text of "La Belgique naissante; pièce en 4 actes avec chants de 1830"

Rodan 

La Belgique naissante 



RODAN 

T 



clgiquc paissante 

ièce en 4 actes avec chants de igso 




BRUXELLES 
LIBRAIRIE Albert DEWIT 

53, RUE ROYALE, 53 



LA BELGIQUE NAISSANTE 



Pièce en 4 actes avec chants 
.. de 1830 de RODAN ... 



1 er Acte: 

LES DISCIPLES DE LA LIBERTÉ. 

2 me Acte : 

LA CRÉATION DE -LA BRABANÇONNE". 

3 me Acte : 

CHEZ LA MÈRE DE JENNEVAL. 

4 me Acte : 

LE COURONNEMENT DE LA RÉVOLUTION. 



PO ' 

£(o2>S 



Reproductions, traductions et représentations interdites 

sans l'autorisation de la 

Société des auteurs et compositeurs dramatiques à Bruxelles. 



PERSONNAGES : 



JENNEVAL 


(29 ans) 


CAMPENHOUT 


(51 ans) 


LAFEUILLADE 


(31 ans) 


Le Roi LÉOPOLD 


(40 ans) 


SURLET de CHOKIER 


(61 ans) 


Frédéric de MÉRODE 


(38 ans) 


Félix de MÉRODE 
(Comte) 


(39 ans) 


de GERLACHE 


(45 ans) 


LEBEAU 


(36 ans) 


GENDEB1EN 


(41 ans) 


VAN DE WEYER 


(28 ans) 



JOREZ 



(32 ans) 



L'Abbé DEHAERNE (26 ans) 

DUCPÉTIAUX (30 ans) 

VAUT1ER (38 ans) 

ROGIER (30 ans) 

de LAMARCHE (40 ans) 

Un Loustic (Victor) 

SPITAELS 

Le Champêtre 

Madame JENNEVAL (50 ans) 

LISE 

Madame JOREZ 

Jeune fille Flamande 



Auteur de « La Brabançonne ». 
Composit. de «La Brabançonne». 
Ténor du Théâtre de la Monnaie. 

Régent de Belgique. 

Combattant de 1830. 

Membre du Gouvernement Provi- 
soire (frère du précédent). 

Ancien membre des Etats Gé- 
néraux. 

Avocat journaliste. 

Avocat bruxellois, Membre du 
Gouvernement Provisoire. 

Avocat journaliste, Membre du 
Gouvernement Provisoire. 

Imprimeur de «La Brabançonne» 
Flûtiste amateur. 

Secrétaire du Congrès National. 

Avocat-Publiciste. 

Poète 

Avocat Liégeois, Membre du Gou- 
vernement Provisoire. 

Frère utérin de JENNEVAL. 



Combattant de 1830. 

Mère du poète de « La Braban- 
çonne ». 

Une jeune voisine des JENNEVAL 

Femme de l'Imprimeur de « La 
Brabançonne ». 



Acteurs et Choristes de la Monnaie. — Patron et 
Patronne de « l'Aigle d'Or ». — Chasseurs Chastelers, 
foule, etc.. 

Un même acteur peut tenir plusieurs rôles. Par exem- 
ple : un même ténor peut faire les personnages suivants : 
LAFEUILLADE, CAMPENHOUT. Un Loustic (.Victor). 



La Belgique naissante 



i e r ACTE 

Les Disciples de la Liberté. 



Fin août 1830, chez Jorez, l'imprimeur de « La Brabançonne » 
n° 6, rue au Beurre, Bruxelles. 

Une 'Sorte de salon — sali© manger, bien meublé, ayant, au 
fond, une double porte communiquant avec le magasin donnant 
issue sur une rue étroite. 

Un piano. 



l re Scène : Madame et Monsieur jorez, jenneval, lafeuil- 

LADE, VAN DE WEYER, GENDEBIEN, DUCPÉTIAUX, DE GERLACHE, 
LEBEAU, VAUTIER, l'Abbé DEHAERNE. 



Madame Jorez 

[ouvrant la porte du fond pour laisser passage à un abbé). 
Entrez donc, Monsieur l'Abbé dehaerne, il ne faut pas 
demeurer au magasin par ces temps troublés. 

L'Abbé Dehaerne 

Vous auriez donc peur, Madame, vous que je prenais 
pour une audacieuse ? 



_ 6 — 

Madame Jorez 

Non non, Monsieur l'Abbé, n'en croyez rien Nous 
avons d'ailleurs ici de vaillants gardes urbains (elle les 
désiane) Messieurs jenneval et lafeuillade (lAbbe les 
salue) qui assurent parfaitement notre sécurité. 

L'Abbé (à V assistance) 
Messieurs, bonjour. 

Madame Jorez (à l'Abbé) 

Vous qui venez de Province, vous devez être agréable- 
ment surpris de voir réunis vos collègues publicistes. 

L'Abbé 

C'est vrai Quelle chance de retrouver ici Messieurs de 

GERLACHE DUCPÉTIAUX, LEBEAU , VANDE WEYER et GENDEBIEN 

(il leur serre successivement la main) avec lesquels ] ai 
ravaUlé en communauté d'idées depuis l'Union des Par- 
tis contre le Gouvernement des Nassau. Tous sont des 
piliers de la Révolution ! 

(Il .salue Vautier, qu'il ne connaît pas). 

Madame Jorez (crâneuse) 

Autant de conspirateurs, diraient les Hollandais soup- 
çonneux, s'ils vous voyaient tous ! 

Jorez 

Voyons, ma femme, notre maison n'est cependant pas 
un Heu où l'on complote, et ce qui le.prouve, cest qurt 
n'y a ici que des gens d'ordre, ennemis de 1 émeute bru 
taie et niaise. 






Van de Weyer 



Soit, Monsieur jorez, mais mon camarade gendebien 
et moi revendiquons néanmoins d'avoir déclaré haute- 
ment, il y a quinze jours, qu'il fallait s'organiser pour 
la Révolution. Or, celle-ci est en marche. 



Ducpétiaux 

Et le soulèvement du 25 l'a bien prouvé. Monsieur 
lafeuillade en fut du reste la cause immédiate, grâce aux 
chants de la Muette de Portici dont il fit jaillir une flam- 
me qui embrasa les cœurs de tous les auditeurs de la 
Monnaie. {S' adressant à lafeuillade). Votre magnifique 
talent, Monsieur lafeuillade, est d'ailleurs l'objet de tou- 
tes nos flatteries, (lafeuillade s'incline). 

/Jorez 

Savez-vous Messieurs, que déjà la chanson, cette fleur 
des rues, s'est emparée des événements du 25? Elle avait 
jadis lancé l'anathème contre Guillaume et ses ministres 
ignares, mais ici elle rit à pleine gorge de la déconfiture 
du pitoyable mercenaire Libry. 

Madame Jorez 

La satire, qui s'intitule « La Chute de Libry Bagnano », 
est d'ailleurs amusante à chanter, car elle emprunte un 
air joyeux et que tout le monde connaît : « C'est l'amour, 
l'amour, l'amour ». {S' adressant à lafeuillade). Monsieur 
lafeuillade, ayez donc la bonne obligeance de nous chan- 
ter cela. (Monsieur jorez remet le document à lafeuilla- 
de) ne fût-ce que pour venger les honnêtes gens des ma- 
lices de l'ignoble forçat libéré ! 



— 8 — 

Madame Jerez s'installe au piano pour accompa- 
gner. 

Lafeuillade (chante) : (1) 

C'est Libry, Libry, Libry, 

Dont le monde 

Parle à la ronde, 
Àh ! que de bon cœur l'on rit 

Du misérable Libry 1 
Tous rient à haute voix. 

Qui signala sa vile existence 
Par des crimes et des forfaits, 
En échappant à la potence 
Qui fut chassé du sol français. 
Quel est ce monstre indigne 
Qui fut flétri deux fois? 
Pour des horreurs insignes 
Seul il lève la voix. 

(Les assistants accompagnent au refrain) 

C'est Libry, Libry, Libry, 

Dont le monde 

Parle à la ronde, 
Ah ! que de bon cœur l'on rit 

Du misérable Libry ! 

L'Abbé Dehaerne (Joyeux) 

Le peuple de Bruxelles a fait justice, et à Moorslede 
comme à Bruges, mes bonnes gens s'en réjouissent ! 

Lafeuillade 

Qui fut reçu dans notre Belgique 
Par un Ministre odieux? 
Leur détestable politique 
Causa la perte à tous les deux. 
Renard trop imbécile 
Le Coq t'a donc vaincu ! 
Où guider ta béquille 
Ton cher ami n'est plus ! 

(1) Voir la musique à la fin de la brochure. 



(Les assistants accompagnent au refrain) 
C'est Libry, Libry, Libry, 
Dont le monde 
Parle à la ronde, 
Ah ! que de bon cœur l'on rit 
Du misérable Libry ! 
L'on rit encore à pleine gorge. 

DUCPÉTIAUX 

A bas van maanen ! — Grâce au peuple de Bruxelles, le 
Roi saura ce qu'il en coûte d'avoir des Ministres qui ne 
savent pas nous comprendre et qui, au dessus du marché, 
nous briment ! Il faut, Messieurs, que nous luttions jus- 
qu'au bout pour faire supprimer les impôts imbéciles 
qui rendent la vie journalière pénible. Il faut faire abolir 
les lois de presse et du culte qui enchaînent notre esprit. 
Il faut aussi que nous puissions nous exprimer dans la 
langue de notre choix. Enfin et surtout, au nom du prin- 
cipe de la Liberté de la Pensée, il faut, il faut que de 
potter, timmermans et tant d'autres bannis puissent ren- 
trer au Pays, la tête haute ! 

Tous 

Vivent nos Bannis ! Vive la Liberté ! 

Madame Jorez 

Monsieur vautier, vous qui venez d'apporter à mon 
mari des vers glorifiant si bien notre aspiration à la 
Liberté, vous devriez les réciter pour tous ces disciples 
de la Liberté. [Elle fait un geste pour désigner tous les 
présents). 

Vautier 

Je préférerais qu'on les chante. — Je les ai adaptés à un 
air de l'opéra du jour : La Muette, et comme j'ai la chan- 
ce de rencontrer ici le prestigieux ténor qui interprêta 
avec tant de génie : « Amis, la matinée est belle... » je de- 
mande à Monsieur lafeuellade de chanter les paroles de 
mon « Hymne National Belge » sur ce timbre. 



- 10- 

Lafeuillade 

Ce n'est pas aisé à réussir ce que vous exigez là, mon 
cher poète, mais pour plaire à l'élite des penseurs et des 
musiciens qui sont céans, je vais faire un effort. 

Jenneval 

Vous oubliez, mon cher ami, qu'il faut aussi faire plai- 
sir à l'aimable Madame jorez, dont la présence et le 
charme éclairent ce rendez-vous à la mode des beaux es- 
prits qu'exalte le mot sublime « Liberté ». 

Madame Jorez 
Vous êtes toujours galant, Monsieur le Chevalier 

DECHET. 

Gendebien 

Pour ma part, Monsieur Lafeuïllade, je brûle de vous 
entendre clamer ce chant de Liberté. 

Au piano : Madame Jorez. 

Hymne national belge 

Air: Amis, la (matinée est belle (1) 
(de la Muette). 

Trahi par d'indignes ministres, 
Le Belge enfin s'est révolté ; 
Et, malgré leurs apprêts sinistres, 
Il marche vers la liberté. 

t - . 

Jetez-vous avec confiance, 

Amis, dans ses bras ! 

Cherchez votre unique défense 

Amis, dans ses bras ; 

La Liberté ne vous trahira pas ! {Bis), 

(1) Voir la musique à la fin de la tooehuire. 



— 11 — 

Gendebien et Van de Weyer 

Non, la liberté ne nous trahira pas ! 
iLafeuillade (chante) : 

Quoi l'on vous traite de rebelles, 
Habitants de notre cité, 
Lorsque vos phalanges fidèles 
Combattent pour la liberté. 
Jetez-vous, etc.. 
(Les assistants peuvent accompagner au refrain). 

DUCPÉTIAUX 

Soit ! soyons des rebelles, comme nos aïeux : Les 
Gueuex ! D'ailleurs, par la bonté de notre auguste Roi, 
nous sommes déjà des « infâmes » ! 

Lafeuillade (chante) : 

Qu'importe que des mercenaires 
Outragent votre volonté, 
Puisque sur vos nobles bannières 
Je lis : VIVE LA LIBERTÉ ! 

Tous 

Vive la liberté ! 

Lafeuillade (chante) : 

(Pendant qu'il chante, Jeinneval prend la main de 
Vautier -et de Monsieur forez comme pour mar- 
quer la volonté d'union). 

Amis, bannissez les alarmes, 
La force est de notre côté ; 
Bourgeois, ne quittez point vos armes, 
Il y va de la Liberté. 

Les yeux fixés sur la Belgique, 
Rappelez-vous avec fierté, 
Que sur notre sol héroïque, 
Vécut jadis la Liberté. 



— 12 — 

Point de repos et point de trêve 

Courage, allons peuple indompté ; 

Un jour commence, un jour achève 

Le règne de la Liberté. 

Jetez- vous, etc.. 

(Les assistants peuvent accompagner au refrain). 

L'abbé, Ducpétiaux et de Gerlaghe. 

Bravo pour l'auteur ! 

Tous applaudissent. 

Jenneval 
Et un ban pour le chanteur ! {on exécute le ban)- 
Jenneval 

Un ban pour l'accompagnatrice ! {on exécute le ban). ' 

{Un silence). 

Lebeau 

Mes amis, je connais un peu l'Europe. Partout y souffle 
un vent de Liberté impétueux. Mais si l'Europe est con- 
contrainte de pardonner la révolution de Juillet à la gran- 
de France, le fera-t-elle de gaîté de cœur à notre petit 
Pays? — C'est pourquoi je vous conjure de faire régner 
l'ordre à Bruxelles, afin de montrer à l'étranger que ce 
n'est pas la lie de la population qui s'est mutinée, mais 
que c'est le Peuple Belge entier qui veut, dans le calme, 
assurer le triomphe de ses légitimes revendications. 

de Gerlache 

De mon côté, Messieurs, pour avoir siégé à La Haye, 
je puis vous assurer que le Roi en courroux et les Hollan- 
dais retors, s'ils voient que notre « rébellion », comme ils 
disent, se fait dans le désordre, ils tâcheront de nous 
mater pour mieux nous opprimer encore. 

Soutenons donc notre « Sûreté publique » pour qu'elle 
réprime toute tentative cherchant à troubler l'ordre. 



— 13 — 

JOREZ 

Vous pouvez vous fier, Messieurs, à vos gardes urbains, 
Monsieur Jenneval, qui en fut dès le 26, a précisément 
concrétisé les idées émises ici dans son chant : « La Bra- 
bançonne » qu'il composa dans l'atmosphère du corps 
de garde de la garde bourgeoise. 

Jenneval 

Oui, Messieurs, mais j'ai ajouté que si le canon hollan- 
dais nous lançait des boulets, il aurait déchiré notre 
Pacte avec la Maison d'Orange. 



BRAVO ! 



Tous 
Jenneval 



J'ai fait cette composition en vue de la réouverture 
de la Monnaie, le 12 du mois prochain. Lafeuillade, qui 
doit chanter « La Brabançonne », fera comprendre de sa 
puissante voix, dont les échos s'entendront jusau'en Hol- 
lande, ce que nous attendons de la sagesse du Roi. 

Je regrette de ne pas pouvoir vous faire chanter mon 
hvmne, car Monsieur Campenhout, à qui Monsieur Jobez 
vient à neine de remettre mon manuscrit, n'a pas encore 
eu le temps d'écrire la musique. 

JOREZ 

C'est regrettable, évidemment ; mai® cru'à cela ne tien- 
ne. Monsieur Jewfval. Comme il' fallait vendre tout de 
suite votre chant au profit des, Pauvres de la Ville, i'ai 
imnrimé crue le morceau se chantait sur le timbre des 
« Lanciers Polonais ». 

Jenneval 

Comment ! En voilà une surprise ! Mais, ma foi, vous 
avez hie'n fait, puisqu'il s'agissait d'un preste de charité. 
Toutefois, j'appréhende que mes paroles se marient mal à 
l'air que vous avez choisi. 



— 14 — 

JOREZ 

Rassurez-vous : vous savez que je, m'y connaits en mu- 
aiquie. D'ail Heurs « Les Lanciers Polonais » est une œuvre 
d'Eugène dePradel connue par toute l'Europe depuis 1815. 
Et puis, laissez ^ faire notre grand artiste Lafeuillade et 
vous verrez, mon cher poète, que cela se chante bien, en 
attendant une meilleure musique, évidemment!... 

Lafeuillade (à Madame Jorez) 

Puis- je encane une fais, Madame, mettre votre talent à 
contribution ? 

Madame Jorez (à Lafeuillade) 

Mais -croyez bien Monsieur, que je suis- très fière de 
pouvoir vous accompagner ! 

Lafeuillade (chante) : (1) 

Aux cris de mort et de pillage, 
Des méchants s'étaient rassemblés, 
Mais notre énergique courage, 
Loin de nous les a refoulés ! 
Maintenant, Durs de cette fange 
Qui finissait notre cité, 
Amis, il faut greffer l'Orange 
Sur l'Arbre de la Liberté. 

Tous ; BRAVO ! 

Lafeuillade (chante) : 

Oui, fiers enfants de la Belgique, 

Qu'un beau délire a soulevés, 

A notre élian patriotique 

De grandis succès sont réservés ! 

Restons armés, q ne rien ne change, 

Gardons la même volonté, 

Et nous verrons fleurir l'Orange 

Sur l'Arbre de la Liberté. 

(1) Voir la musique à la fini de la brochure. 



■ — 15 — 
Lebeau 

C'est bien ce qu'il fallait dire ! 

Lafeuillade (chante) : 

Et toi, dans qui ton peuple espère, 
Nassau, consacre enfin nos droits ; 
Des Belges en restant le Père 
Tu seras l'exemple des Rois. 
Abjure un ministère étrange, 
Rejette un nom trop détesté, 
Et tu verras mûrir l'Orange 
Sur l'Arbre de la Liberté. 

Les assistants accompagnent 
à la répétition des deux derniers vers. 

DE GERLACHE 

Fort bien, Monsieur jenneval ! 

ILafeuillade (chante) : 

Mais malheur, si de l'arbitraire 
Protégeant les affreux projets, 
Sur nous du canon sanguinaire 
Tu venais lancer les boulets. 
Alors tout est fini, tout change 
Plus de pacte, plus de traité, 
Et tu verras tomber l'Orange 
De l'Arbre de la Liberté. 

Tous accompagnent à la répétition des d'eux derniers vers. 
Dès que Lafeuillade a fini : 



— 16 — 
Jenneval {tendant le bras droit) 

Oui, Messieurs, pluôt la mort que l'esclavage ! 

Le rideau tombe pendant que tous s'écrient 
avec lui en limitant son geste : 

VIVE LA LIBERTÉ ! 
VIVE LA LIBERTÉ ! 



FIN DU 1 er ACTE. 



2 me ACTE 

La Création de « La Brabançonne » * 



La scène se passe le 28 septembre 1830 (-donc après les combats 
de septembre à l'estaminet de « l'Aigle d'Or », rue 'de la Four- 

Au fond, des fenêtres donnent sur la rue ide la Fourche, étroi- 
te et sombre. 

A droite de l'estaminet, le comptoir, près de l'entrée. Plusieurs 
tables, dont trois à l'avant-scène: une à gauche où travaillera 
Jenneval ; une au milieu où Campenhout chantera la première 
fois en faisant face au public dans la salle ; une troisième à 
droite où Gampenhout chantera, en finale, son bis, face à la foule 
qui s'est accumulée dans la rue en entendant chanter la pre- 
mière fois. 

Un piano à l'avant-plan, à droite. 

Première scène : A la chute du jour. 
, Deuxième scène : Vers la fin, le patron allume. 



PREMIÈRE SCÈNE. 

Charles, bouchez, lemoine, juillet. — Des choristes de 
la Monnaie. 

Charles (à la patronne) 

Que- faites- vous là de beau patronne? Quelles sont ces 
couleurs ? 



~- 18 - 

La Patronne (derrière le comptoir) 

C'est un drapeau pareil à celui que M. ducpétiaux ar- 
bora à l'Hôtel de Ville. A présent que l'ennemi est en 
fuite, je veux en orner la façade de « l'Aigle d'Or ». 

Bouchez 

L'ennemi ! Certes, il est bien parti ! Fini de pétition- 
ner pour obtenir nos droits ! Aussi bien notre ami jenne- 
val devra-t-il changer la « Brabançonne » qu'il fit il y a 
un mois, malgré le constant succès que le morceau a con- 
nu depuis que lafeuillade le chanta, le 12 Septembre à 
la Monnaie. 

Lemoine 

Ayant été de tous les combats qui ont bouté les Hol- 
landais hors de Bruxelles, notre cher camarade ne tardera 
certes pas à modifier son poème. (On entend le canon 
dans le lointain). Leur canon... ne nous en impose plus ! 

Juillet 

Quel crâne combattant que jenneval ! 

Bouchez 

Et quel cœur ! Quel désintéressement ! Vous le savez 
tous ! 

Tous 
Oh ! oui ! C'est vrai. 

Lemoine 

Poète tendre à ses heures, et bon fils pour sa mère ! 

Juillet 

Avec cela un excellent artiste, mais surtout : un vrai 
copain ! 



- 19 - 

Tous 
Mais le voilà, avec jorez, l'imprimeur. 



DEUXIÈME SCÈNE. 

Les mêmes, jenneval, jorez. 
Jenneval 

Bonjour, Madame, bonjour mes amis. 

(Un coup ûe> canflm inettement perceptible). 

(Jeinneval .se retourne d'instinct vers la fenêtre). 

Bah ! (il hausse les épaules). On les a eus ! 

Lemoine (à Jenneval) 

pendant que celui-ci t&exre la main à tout le monde 
Comment ? Racontez-nous ça ! 

Juillet 

Dites-nous surtout vos derniers exploits, brave chasseur! 
Jenneval 

J'ai fait comme tout le monde et (très hauti 
Notre mitraille a brisé l'Orange 
Sur l'Arbre de la Liberté ! 

Bouchez 

Tenez ! Nous disions précisément tantôt que votre pre* 
mière « Brabançonne » est déjà hors de saison. 



— 20 — 

Jenneval 

Oui ! J'avais tort d'espérer en la sagesse de Guillaume, 
en la magnanimité de ses fils, et surtout en l'altruisme 
des Hollandais. 

Jorez 

Oui, changez donc vos paroles, mais conservez le bel 
air de Van Campenhout que l'on chante déjà partout. 

Jenneval 

J'y veillerai ! Je vais me mettre au travail séance te- 
nante. 

(Il s'installe à une table sur l'avant 'de la, scène, 
Jorez à sa gauche. — Le patron allume). 



TROISIÈME SCÈNE. 

Les mêmes, Frédéric de mérode, peeters. 
Tous 
Monsieur le Comte de Mérode. 

Frédéric. 

(que tous saluent, sauf Jenneval, absorbé par son 
travail). 

Bonjour Messieurs ! — Faites-moi le plaisir de boire en 
l'honneur de nos armes ! — Ohé ! Patron, remplissez les 
Verres ! 

(Le patron va servir à la ronde» tandis que Fré* 
déric se dirige vers Jenneval, qui s'est levé 
brusquement en le voyant). 



— 21 — 

Frédéric (à Jenneval) 

(ils se serrent la main). 

Je vous cherchais, mon brave, et suis heureux de vous 
retrouver. Je venais vous demander à quelle heure nous 
partirions ce soir à Vilvorde pour aller agacer les avant- 
postes ennemis ? 

Jenneval 

Je brûle d'y courir, mon cher Comte, mais je vous prie 
de me donner encore un peu de temps pour que je puisse 
transformer ma « Brabançonne », petite paysanne sup- 
pliante, en une forte femme du peuple qui crie : VIC- 
TOIRE ! 

Frédéric. 

Soit ! n'empêchons pas la lumière du poète d'éclairer 
notre siècle. 

(Jenneval se replace à isa table 1 , tandis que Frédé- 
ric retourne peur trinquer). 

Frédéric (à l'assistance) 

Je vous invite à boire, Messieurs, au courage que les 
Belges ont montré. 

(Tout le monde lève son verre, piuis boit). 



QUATRIÈME SCÈNE. 

Les mêmes, rogier, la jambe de bois. Des Volontaires 

Liégeois. 

Frédéric. 

Voilà le brave rogier et ses vaillants Liégeois ! Mes- 
sieurs*, acclamons-les ! 



— 22 — 

Tous 

au moiment où le 'dernier Liégeois entre : 
Vivent les Liégeois ! 

FRÉDÉRIC 

Et buvons à leur santé ! — Patron, offrez-leur de vo- 
tre exquise cervoise. 

Rogier (exalté). 

Qu'elle coule en abondance ! Plus d'impôts sur elle ! 
Et quand elle aura délié les langues, on ne devra plus 
craindre d'être emprisonné ou bani ! 

Tous 

Vive la Liberté ! 

Rogier (à Frédéric) 

Souffrez, Monsieur le Comte, que je mette ma main 
dans la vôtre, ce sera le symbole de l'Union des Fla- 
mands et des Wallons dans la lutte contre l'étranger. 

Tous 

Vivent les Belges ! 

La Jambe de Bois (exalté) 

Et maintenant Frédéric de Nassau n'a qu'à venir ! Je 
lui plante un boulet dans son plumet ! 

Jorez 

C'est dommage que la « Haute contre » de campenhout 
ne soit pas là pour nous chanter un air qui nous en- 
flamme. 



— 23 - 

Le Patron 

Il a l'habitude de venir à cette heure. Il ne saurait 
tarder. 

Jorez (désignant Campenhout, passant devant 
les fenêtres) 

Mais le voilà tout juste qui arrive. 



CINQUIÈME SCÈNE. 

Les mêmes, van campenhout. 
Rogier (à Van Campenhout) 

Nous vous appelions à l'instant de tous nos vœux car 
il manquait un chant à l'enthousiasme patriotique qui 
nous anime. 

Campenhout 

Je ne demande qu'à vous faire plaisir, et je vais chan- 
ter ma « Brabançonne ». Ce sera là une façon de com- 
battre pour un quinquagénaire. Mais permettez d'abord 
que j'aille serrer la main au beau poète qui se cache 
pour besogner. 

(Il se dirige vers Jenmeval, -et lui serre la main, 
ainsi qu'à Jorez). 

Jorez (à Campenhout) 

jenneval vient d'improviser encore une fois des vers 
qui lui font le plus grand honneur. Et il a respecté le 
rythme de votre première ((Brabançonne ». 

(Jenneval a tendu 1-e manuscrit à Campenhout, qui 
le parcourt .en battant la mesure d'une main. 
Pendant ce temps : 



— 24 — 

Jenneval (aux assistants) 

J'ai voulu cette fois consacrer la rupture d'avec les 
Nassau ; marquer la générosité des Belges en face de la 
trahison des princes, ainsi que le courage viril des nô- 
tres. J'ai rendu hommage également aux braves morts 
à nos côtés. 

Campenhout (à Jenneval) 

Je vous félicite pour votre nouvelle poésie, à laquelle 
ma musique s'adapte d'ailleurs bien. 

Tous 

Chantez-nous, Campenhout, la nouvelle « Brabançon- 
ne ». 

Campenhout chante (1). 

Qui veut m'accompagner au piano? Allons, vous, 
jorez ! 

CGampenhout, monte sur une table, chante avec 
accompagnement de piano. Pendant l'exécu- 
tion de nombreux curieux apparaissent aux 
fenêtres). 

Oui l'aurait cru? de l'arbitraire 

Consacrant les affreux projets, 

Sur nous de l'airain militaire 

Un prince a lancé des boulets ! 

C'en est fait ! Oui, Belges, tout change, 

Avec Nassau plus d'indigne traité ; 

La mitraille a brisé l'Orange 

Sur l'Arbre de la Liberté ! 

Les assistants accompagnent le dernier "vers. 

Tous 

A bas les despotes ! 

(1) Sur l'air de La Brabançonne de Van Campenhout. 



— 25 — 

Campenhout {chanté) : 

Trop généreuse en sa colère 
La Belgique vengeant ses droits, 
D'un Roi qu'elle appelait son père 
N'implorait que de justes lois. 
Mais lui dans sa fureur étrange, 
Par le canon que son fils a pointé, 
Au sang belge a noyé l'Orange, 
Sous l'Arbre de la Liberté. 

Les .assistants accompagnent le dernier vers. 

Tous 
Vengeance ! 

Campenhout (chante) : 

Fiers Brabançons, peuple de Braves 

Qu'on voit combattre sans fléchir, 

Du sceptre honteux des bataves, 

Tes balles sauront t'affranchir ! 

Sur Bruxelle aux pieds de l'archange 

Ton saint drapeau pour jamais est planté, 

Et, fier de verdir sans l'Orange 

Croît l'Arbre de la Liberté. 

Les assistants accompagnent 
à la répétition des deux derniers vers. 

Tous 

Vive la Liberté ! Vive la Belgique ! 

Dans un silence absolu... Dès le début, tous se 
découvrent : 

Campenhout (chante) : 

Et vous, objets de nobles larmes, 
Braves, morts au feu des canons ; 
Avant que la Patrie en armes 
Ait pu connaître au moins vos noms, 
Sous l'humble terre où Ton vous range 



~- 26 — 

Dormez, martyrs, bataillon indompté ! 
Dormez en paix, loin de l'Orange, 
Sous l'Arbre de la Liberté. 

(Après quelques instants de recueillement un grou- 
pe d'amis se forme autour de Jenneval (ceux 
de la Monnaie, Jerez, Frédérie et Peeters) et 
un autre groupe, (le reste) autour de Campen- 
hout qui est descendu de sa table). 

Cris respectifs : 

Vive jenneval ! Vive campenhout ! 
et inversement : 

Vive campenhout ! Vive jenneval ! 

Les Badauds dans la rue : 

Bravo ! Bis ! Bis ! 

Campenhout 

Eh bien ! maintenant je veux chanter pour le peuple 
de Bruxelles qui nous a libéré ! 

(Campenhout monte sur la .table de droite, tandis 
que la patronne lui remet. le drapeau aux cou- 
leurs belges horizontales en disant) : 

(La Patronne 

Couvrez-vous des glorieuses couleurs pour lesquelles 
luttèrent les vaillants qui firent la révolution Braban- 
çonne de 1789. 

Campenhout 



Avec joie ! 



(Il se couvre du drapeau, puis, pour le peuple de 
Bruxelles, chante le 3 e couplet). 

(Le rideau tombe avant la fin du 3 e couplet, celui- 
ci s'achevant à la descente complète' du rideau). 



3* ACTE 

Chez la mère de Jenneval. 



Le 24 octobre, à partir de 2 heures, chez la mère de Jenneval, 
n° 15, rue de la Vierge Noire, à Bruxelles. 



Appartement garni, en apparence assez luxueusement, comme 
pouvait en occuper un bon artiste de la Monnaie 1 . 

Au centre une' table où se tiendra la mère de Jenneval. 

Au mur : la couronne de lauriers qui fut offerte par les habi- 
tués de la Monnaie à Jenneval quand il eut joué : « Néron ». 



PREMIÈRE SCÈNE. 

Madame jenneval (en deuil). — lise (une jeune voisine, 
vêtue de noir). 

Madame Jenneval 

Je n'ai plus de larmes ! La douleur me rend folle ! 
Non, je ne saurai jamais me faire à l'idée que je ne le 
reverrai plus ! 

Lise (consolant Madame Jenneval) 

Je vous comprends si bien, Madame ! Pour moi aussi, 
son absence sera pénible, car j'aimais voir Monsieur 
Jenneval monter les escaliers en chantant. Il avait tou- 
jours le cœur gai ! 



— 28 - 

Madame Jenneval 

Pourtant il était parfois bien malade, le pauvre enfant ! 

Lise 

Alors, il devait être bien courageux, car je ne m'en suis 
guère aperçue. Chaque fois qu'il passait sur mon palier 
et que j'ouvrais ma porte, il me souriait, et il avait tou- 
jours un bon mot à m'adresser. 

Madame Jenneval 

Vous l'avez donc remarqué aussi que c'était un bon 
garçon ? 

Lise 

Oh ! certainement, Madame que je le savais, et (vite) 
c'est pour cela que je l'aimais tant ! 

(Lise se ressaissit après s'être trahie). 

Madame Jenneval 

Vous dites? Vous l'aimiez? 

Lise 

Oh! pardon? J'aimais.... de l'écouter quand devant sa 
fenêtre ouverte, il récitait les belles tirades qui firent sa 
renommée. Et alors, il me paraissait vraiment beau. Sa 
petite moustache aussi me plaisait beaucoup ! 

(Madame Jemnevail, ayant isouri, malgré sa dou- 
leur, de la réflexion de la jeune fille). 

Lise 

Alors, vous ne m'en voulez pas trop, Madame, d'avoir 
admiré votre fils? 



— 29 — 

Mjadame Jenneval 

Oh ! non ! ma petite voisine. Vous me donnez du reste 
chaud au cœur en me parlant de lui. Ecoutez, Mademoi- 
selle Lise, c'est à la scène qu'il eut fallu le voir ! Dans 
Néron, par exemple ! Quel succès ! Quel enthousiasme ! 

(Elle montre au mur la couronne de lauriers). 

Ce qui en témoigne, c'est cette couronne de lauriers 
que lui offrirent, à cette occasion, les habitués de la Mon- 
naie dont il était l'enfant gâté. 

Mais maintenant, après tout ce bruit, quel silence ! Et 
que cet appartement me semble vide... 

Les deux femmes pleurent un moment. 
Aussitôt on heurte à la porte. 
Lise va ouvrir. 



DEUXIEME SCENE. 

Les mêmes, Spïtaels (Auguste). 
Spitaels 

Mademoiselle, pourriez-vous obtenir que je parle à Ma- 
dame jenneval ! Je suis un envoyé spécial du Comte Fré« 
déric DE MÉRODE. 

Lise 

Veuillez entrer, Monsieur. Voici Madame. 

(Celle-ci accablée, reste assise). 



-30- 

Spitaels 

Madame, au nom des Chasseurs Ghastelers qui ont 
combattu avec votre fils valeureux, je vous apporte un 
hommage très respectueux et des condoléances sincères 
et émues. Monsieur le Comte de Mérode, en particulier, 
m'a chargé de vous dire combien il regrettait de ne pou- 
voir se trouver à vos côtés en cette triste journée. Mais il 
commande les Campinois, et votre héroïque fils aurait 
été le premier à lui dire qu'il doit en ce moment décisif 
rester au combat. 

MlADAME JENNEVAL 

Merci, Monsieur Spitaels, à vous et à tous 'les braves, 
vos amis. Veuillez insister auprès du Comte Frédéric pour 
lui témoigner toute ma reconnaissance pour la délicate 
démarche qu'il vous a prié de me faire. 

(Puis moitié rêveuse, moitié fâohé-e) 

Pourtant, s'il était ici, pourrais-je faire autrement que 
de le gronder? Car c'est sur ses instances réitérées que 
mon pauvre Alexandre s'est arraché de mes bras ! 

Ils répétaient d'ailleurs sans cesse, tous les deux, que 
ce n'était qu'une promenade militaire ! 

Spitaels 

C'était, en effet, Madame, une promenade militaire, mais 
au Champ d'honneur. Oh ! que vous leur pardonneriez si 
vous aviez vu leur arrivée à Lierre, où les Volontaires 
les acclamèrent frénétiquement, eux qui apportaient, avec 
leur bravoure, l'éclair de leur intelligence. Il eut fallu 
voir aussi comment le Commandant nîellon leur serra 
affectueusement les mains, et comme il les félicita de leur 
patriotisme agissant. — « Avec eux » disait-il « il était 
certain d'enlever Lierre, cette position si importante pour 
l'ennemi ! » 



- .81. — ' 

Madame Jenneval (arrière, mais résignée). 

Mais il m'a aussi enlevé mon enfant ! 

Spitaels 

C'est, hélas ! le sort maudit qui en décida de la sorte. 
Nous étions vainqueurs. L'ennemi fuyait. Mais un de ses 
derniers boulets vint atteindre jenneval, qui s'obstinait, 
d'ailleurs, à se découvrir pour mieux tirer sur l'adver- 
saire. Toutefois, nul ne peut, Madame, médire d'une aussi 
noble fin ! 

Madame Jenneval 

« Mourir pour la Liberté ! » C'était son plus bel idéal ! 
Hélas ! il me laisse seule... 

Lise 

Mais non Madame, vous avez des amis, et qui vous par- 
leront de lui... 

(On entend soudainement dams le lointain, une 
marche funèbre .avec tambours). 

Madame Jenneval 

Mon Dieu ! Les tambours ! Le corps part de l'Hôtel du 
Prince d'Orange. C'est le dernier voyage ! Pourquoi me 
l'a-t-on pris? Pourquoi? 

(Le tambour roule plus fort). 
On toque. — Lise va ouvrir. 



- 32 - 

TROISIÈME SCÈNE. 

Les mêmes, rogier, vautier. 
Rogier (se découvrant devant la belle jeune fille) 

Mademoiselle, Monsieur Vautier et votre serviteur Char- 
les Rogier, désirerions présenter nos condoléances à Ma- 
dame jenneval. Croyez-vous qu'elle puisse nous recevoir? 

Lise 

Dannez-vous la peine d'entrer, Messieurs. Madame jen- 
neval vous recevra, car c'est le courage personnifié. 

(Ils entreint lentement). 
Madame Jenneval (allant péniblement vers les visiteurs) 

Je vous sais infiniment gré, Messieurs, de votre aima- 
ble démarche. Le coup est terrible pour moi, n'est-ce pas?, 
vous le concevez ! Et néanmoins, Monsieur rogier, mon 
malheur ne saurait m'empêcher de féliciter, en votre per- 
sonne, le Gouvernement Provisoire dont j'apprécie très 
haut l'action éminemment patriotique. 

Rogier 

Madame, c'est tout d'abord en ami de jenneval que je 
suis accouru auprès de vous ; mais j'ai en même temps 
l'insigne honneur de vous remettre une lettre que Mon- 
sieur plaisant, administrateur général de la Sûreté pu- 
blique, dont faisait partie le brave citoyen jenneval, lettre 
vous adressée au nom du Gouvernement provisoire. Voici, 
Madame. (Il remet un pli). 



— 33 — 

Madame Jenneval 

Je ne me sens pas la force de la lire. Voulez-vous Ma- 
demoiselle lise, le faire à ma place ? 

Lise 

Volontiers, Madame, d'autant plus que cette lettre rend 
certainement un juste hommage à Monsieur Alexandre. 

(Elle lit) : 
Madame, 

Je suis spécialement chargé par le Gouvernement Pro- 
visoire de vous témoigner toute la part qu'il a prise à 
l'événement déplorable qui vous a privé d'un fils, et tous 
les Belges d'un frère qu'ils chérissaient, /enneval a atta- 
ché son nom à notre glorieuse Révolution ; ses chants 
ont animé notre jeune courage et il nous laisse son exem- 
ple. La Patrie a contracté une grande dette envers lui, 
elle saura l'acquitter. 

Puisse, Madame, l'expression de la douleur publique 
et tant de larmes mêlées aux vôtres, en adoucir l'amer- 
tume. La mère d'un aussi bon citoyen doit sentir ses re- 
grets se calmer lorsqu'elle acquiert la conviction que le 
sacrifice qu'elle fait est utile à la Liberté et à la Sainte 
cause des peuples. 

Recevez, je vous prie, Madame, l'assurance de ma 
haute considération. 

Jjes deux femmes pleurent. 

Vautier 

Et quant à moi, Madame, j'ai la conviction que j'ex- 
prime la pensée de tous les poètes de notre Révolution en 
déplorant le deuil qui frappe les lettres en la personne 
de votre cher fils. 



— 34 — 

Madame Jenneval 

Oui, Monsieur, Jenneval avait l'âme d'un poète ! Vous 
le verrez quand je publierai les vers qu'il a faits, en ma- 
nière de délassement seulement. D'ailleurs, il tient de 
famille ; son frère aussi ; Hippolyte de Lamarche, est poète. 

Lise 

Et pas plus tard que tantôt, avant de partir pour l'en- 
terrement, Monsieur Hippolyte nous lut une strophe qui 
doit être la 5 e de la « La Brabançonne ». Voici d'ailleurs 
encore, sur la table, son écrit. Vous permettez que je lise, 
Madame ? 

Madame Jenneval 

Si cela vous fait plaisir, ma chère petite. 
Lise {lisant) 

Ouvrez vos rangs, ombres de braves ! 
Il vient, celui qui vous disait ; 
Plutôt mourir que vivre esclaves ! 
Et comme il disait, il faisait. 
Ouvrez vos rangs, noble phalange. 
Place au poète, au chasseur redouté, 
Il vient dormir loin de l'Orange 
Sous l'arbre de la Liberté. 

(On entend dans le lointain une salve de mous- 
qu eterie) . 

Madame Jenneval 

Mon Dieu ! C'est à la Place St Mihiel. C'est fini ! On 
le descend dans la tombe. Est-ce possible? 

Que je suis seule... et sans soutien, dorénavant. 



— 35 — 

Lise 

Mais non, Madame, je sera là ! 

Rogier 

Madame votre détresse m'étreint le cœur. Et, si vous le 
permettez, j'userai de toute mon influence pour que le 
Gouvernement Provisoire accorde une pension à la mère 
de l'auteur de « La Brabançonne ». 

Madame Jenneval 

Grand merci, Monsieur Rogier, mais tout de même je 
n'aurai plus jamais la douce aisance que mon bon Alexan- 
dre se faisait un devoir de me procurer. 

Vautier 

Puissiez-vous au moins vous réconforter, Madame, à 
l'idée que le Souvenir de votre enfant restera gravé dans 
la mémoire des Patriotes. Et pour y aider, j'ai écrit un 
poème en son honneur sur l'air de La Brabançonne. — 
Souffriez-vous, Madame, que Mademoiselle, qui lit si bien 
ce qui touche à notre jeune poète, vous dise : 

« Aux Mânes de Jenneval » ? 
Madame Jenneval 

Monsieur Vautier, malgré toute sa beauté, je sens que 
votre poésie avivera encore ma douleur. Mais soit ! je 
veux souffrir pour tout ce qui glorifiera la mémoire de 
mon cher enfant. 



— 36 — 

Lise lit : 

Il triomphait des vils bataves 
Et voyait fuir nos ennemis, 
Quand ce brave d'entre les braves 
Tombe en défendant son Pays ! 
Il n'est plus, mais que sa mémoire 
Repose au sein de l'immortalité ! 
Que son nom s'inscrive avec gloire 
Aux fastes de la Liberté. 

Avec nous il courut aux armes 
Pour chasser d'indignes tyrans, 
Et de la Patrie en alarmes, 
Sa voix ralliait les enfants. 
La reconnaissance publique 
Geignait son front d'un laurier mérité, 
Et nous le nommions en Belgique 
Le Chantre de la Liberté. 

Un boulet a brisé la Lyre 

Dont les accents charmaient nos cœurs ; 

Et le soldat-poète expire 

Aux yeux de ses amis vainqueurs. 

Ainsi qu'un preux de noble race 

Ses compagnons au tombeau l'ont porté, 

Et leurs vœux ont marqué sa place. 

Sous l'arbre de la Liberté. 

Sous le feu du canon qui tonne, 
Nos bourgeois devenus soldats, 
Au refrain de sa Brabançonne 
Bravent à l'envi le trépas. 
vous tous que la gloire enivre, 
Qu'en son honneur ce chant soit répété, 
Les Brabançonnes doivent vivre 
Autant que notre Liberté ! 

A la fin de la récitation on ouvre la porte. 
Entre H. Dumas de Lamarche, isuivi de quelques 
chasseurs Chastelers. 



- 3Ï - 



QUATRIÈME SCÈNE. 



Les mêmes. — Hippolyte Dumas de Lamarche. — Des 
chasseurs Ghastelers (dont Gampenhout par exemple). 

de Lamarche 

Entrez, Messieurs, ma mère aimera vous remercier elle- 
même pour votre fraternel dérangement. — Maman, Mes- 
sieurs les chasseurs Chastelers qui sont venus, entre deux 
combats pour assister à l'enterrement de mon cher frère, 
ont désiré vous apporter eux-mêmes l'expression de leurs 
regrets. 

Un Chasseur [Campenhout, par exemple) 

Madame, je ne saurais assez vous dire combien mes 
camarades et moi sommes peines de la mort de votre 
vaillant fils ; et tous nous assurons que l'exemple de Jen- 
neval « Combattant » nous guidera toujours ! 

Madame Jenneval 

Que ne puis-je, Messieurs, dans ma désolation, vous 
exprimer comme je le voudrais toute ma gratitude pour 
l'hommage que vous venez de rendre à mon fils « héros ». 
Que Jenneval ait été brave au feu, cela ne m'étonne point, 
car son père aussi fut officier de France, et mon fils Hip- 
polyte à son tour a porté dignement l'épaulette d'officier 
français. 

de Lamarche 

C'est pour cela même, Maman, et malgré tout le cha- 
grin que j'ai de vous quitter, que je veux courir venger 
mon frère et combattre, comme lui, pour la Liberté ! Au 
revoir, maman, au revoir ! {Il embrasse sa mère). 



— 38 — 

Madame JennevaL 

Toi aussi, mon grand, tu vas m'abandonnera 

de Lamarche 

Il le faut, Maman chérie ! Il faut que je me sacrifie à 
mon tour pour la Patrie adoptive d'Alexandre. Adieu 1 

(Il 'part. — Sa mère «sanglote). 

Les Chasseurs Chastelers 

Patrie d'abord, Madame ! 

(Tons sortent en «saluant, .sauf Lise). 

Madame Jenneval 

(regardant la porte par où son fils est parti) 
Pauvre Hippolyte ! 

à Lise (qui s' essuyé les yeux) 

Que voulez-vous, Mignonne ? Bon sang ne peut mentir ! 

(Elle redresse la tête fièrement). 



0<fO- 



PIN DU â* ACTE, 



4 è ACTE 

Le Couronnement de la Révolution, 

La scène se passe à La Panne, le 17 juillet 1831, à la frontière. 

Au fond : un parc avec château. Des balustrades avec une en- 
trée centrale limitent le parc. 

Devant, à quelques mètres, un trône vers lequel court un tapis 
perpendiculairement à un autre tapis qui, parralèlement à la ram- 
pe de la scène, couvre une route. 

A gauche un grand poteau indicateur avec flèches : 

FRANCE - BELGIQUE. 

A .droite du trône (en faisant face à la scène) se placera une 
musique (locale ou militaire), qui sera séparée de la foule fran- 
çaise. 

A gauche du trône : une estrade pour les autorités. 

Devant, mais de ce côté-ci du chemin, la foule belge. 

A même hauteur, des combattants de 1830 (Chasseurs Chaste- 
lers ou troupe de Ligne) en armes. 

Plus loin, foule française. 

La foule est retenue partout par des gardes-civiques. 



PREMIÈRE SCÈNE. 

Le garde-champêtre. — La foule. 

Dans la foule animée et jacassant à haute voix, 
l'on distingue : 

Un gosse impatienté 

A quelle heure arrive-t-il, maman? 



— 40 — 

La mère (femme du peuple) 

Reste tranquille ! Ça ne durera plus longtemps. 

Un homme 

Et si ça durait ? Il n'y a pas de mal : le Roi a com- 
mandé le beau temps I 

Un loustic 

Il faut croire qu'il est bien avec le Bon Dieu. 

Le Garde-champêtre (agitant sa sonnette) 

Un peu de silence, s'il vous plaît. — Ils vont venir ! 

Le loustic 

Eh ! Le garde-champêtre ! Est-ce qu'on ne s'est pas bat- 
tu pour la Liberté? On peut parler alors, hein? 

Le Champêtre 

Je ne dis pas non, mais il ne faut pas qu'on crie si fort ! 

Le loustic 

Ecoute, champêtre. Si on ne peut pas parler, on peut 
chanter alors hein ? Ecoute, ce n'est pas le Roi Léopold 
qui le défendrait. 

(La foule s'amuse). 

Le Champêtre (riant) 
Allez-vous-en au Diable ! 



Allez Victor, 
Chantez alors ! 



— 41 — 
Une femme 

Le loustic (Victor) 



Parce que tu fais des vers je vais chanter. Qu'est-ce 
que tu veux que je chante ? 

Un compère du Loustic 

Comme hier : « La Léopoldienne ». 

La foule 

Allez ! chantez ! — Allez ! Chantez ! 

Victor 

Silence ! Je vais chanter. {A deux camarades) : Mettez- 
moi sur vos épaules. Ma chanson dit ce que les Belges 
attendent de leur nouveau Roi : 

Victor chante sur l'aiir (très vieux) « Te souviens- 
tu, disait un Capitaine » (1) sans accompagnement. 
ou avec accompagnement de la musique 1 locale. 

toi par qui le plus cruel orage 
Bientôt de nous va s'éloigner ; 
Viens Léopold recevoir notre hommage, 
Et sur nos cœurs en ces lieux viens régner 
Par tes bienfaits, par ta clémence, 
Fais-nous sentir ton pouvoir et tes droits 
Et que ce soit par la reconnaissance ) ^ • 
Que la Belgique obéisse à ta voix. 

Le peuple 

BRAVO ! 

(1) Voir la musique à la fin de la brochure. 



— 42 — 

Victor (chantant) 

Quand dans son sein la Belgique t'appelle, 
T'offrant un trône et son amour, 
Roi citoyen, ah ! viens vivre pour elle, 
De son bonheur viens hâter le retour. 
Par tes bienfaits, par ta clémence, 
Fais-nous sentir ton pouvoir et tes droits, 
Et que ce soit par la reconnaissance ) , . 
Que la Belgique obéisse à ta voix. 1 * 

Le peuple chante avec Victor les deux derniers vers. 

Victor (chante) 

Tu seras Roi, mais que l'éclat du trône 
N'altère pas un jour ton cœur, 
Car la Belgique en t'offrant la Couronne 
Ose à tes soins confier son bonheur. 

Le peuple accompagne cette fois Victor, comme 
aussi au dernier couplet, pendant qu'il chante 
tout le refrain : 

Par tes bienfaits, par ta clémence, 
Fais-nous sentir ton pouvoir et tes droits 
Et que ce soit par la reconnaissance ) * . 
Que la Belgique obéisse à ta voix. 

Le peuple 

Encore ! — Encore ? 

Victor (chante) 

Si l'ennemi, jaloux de notre gloire, 
Venait mépriser les traités, 
On te verrait, marchant à la Victoire 
Venger nos droits, sauver nos libertés. 



— 43 — 

Victor et le peuple 

Par tes bienfaits, par ta clémence, 
Fais-nous sentir ton pouvoir et tes droits 
Et que ce soit par la reconnaissance 
Que la Belgique obéisse à ta voix. 

Le peuple 
BRAVO ! 

Le Champêtre 

Silence maintenant ! Le Bourgmestre arrive. 

fil va vers le Bourgmestre sortant du parc du 
château avec sa femme, et Les salue). 



La foule 



Vive le Bourgmestre ! 



(Cris pendant que lie Bourgmestre conduit sa fem- 
me vers l'estrade). 



DEUXIÈME SCÈNE. 

Les mêmes. — Le Bourgmestre et sa femme. 
Le Bourgmestre (revenant en scène) 

Un peu de calme maintenant, les calèches des Mem- 
bres du Gouvernement ne sont plus loin. — D'ailleurs les 
voilà ! 

(On entend bientôt, venant de Belgique, les gre- 
lots des chevaux, qui se rapprochent, et qui 
sont sensés s'arrêter hors de la scène). 



— 44 — 

TROISIÈME SCÈNE. 

Les mêmes. — Gendebien, Vande Weyer. 
Le Bourgmestre (aux arrivants) 

Messieurs Gendebien et Vande Weyer, au nom des ha- 
bitants de La Panne, je vous souhaite la bienvenue. — 
Mes concitoyens vous félicitent par ma bouche, Messieurs, 
pour votre magnifique dévouement à la cause Belge. 

(Gendefoien et Vande W-eyer s'inclinent). 

(Une 'nouvel!© calèche s'annonce) . 

Gendebien (à Vande Weyer) 

Si je ne me trompe, c'est le Comte Félix de Mérode. 
Dommage que nous n'ayons pu faire route ensemble. 



QUATRIÈME SCÈNE. 

Les mêmes. — Félix de Mérode. 
Le Bourgmestre (au Comte Félix) 

Monsieur le Comte, au nom de notre population entiè- 
re, je vous souhaite la bienvenue, {de Mérode s'incline). 

(de Mérode, Vande' Weyer e>t Gendebien &e serrent 
la main). 



^4è- 

Vande Weyer (à Gendebien) 

Qui l'aurait cru, mon cher Gendebien, quand le 15 août 
de l'année dernière nous criions qu'il fallait s'organiser 
pour la Révolution, qu'aujourd'hui 17 juillet de l'an de 
grâce 1831 nous recevrions à la frontière Celui dont 
l'avènement doit couronner notre œuvre. 

FÉLIX 

Dommage qu'en ce jour d'allégresse mon pauvre frère 
Frédéric ne soit pas ici pour assister à ce glorieux événe- 
ment, et cueillir ainsi les lauriers qu'il a mérités. 

Un court silence. 

(Une diligence venant de France amène le Délégué 
du Gouvernement de Louis Philippe). 



CINQUIÈME SCÈNE. 

Les mêmes. — Le délégué Français. 

(La foule Belge crie : Vive la France !) 

Présentations. 

(De nouvelles eaUèches s'annoncent). 

FÉLIX DE MÉRODE 

Messieurs, je crois reconnaître la calèche du Baron 
Surlet de Ghokier. Voulons-nous nous porter au devant 
de lui? 

(Il s'avance avec Gendebien, Vande Weyer, le dé- 
légué français, le Bourgmestre). 



— 46 — 

T*™— J SIXIÈMEfcSCENE. 

Les mêmes. — Le Régent. 

Les Belges crient : Vive le Régent (tris). 

Les Français clament: Vive la Belgique! 

(Le Régent serre la main aux personnages précé- 
dents). 

Le Bourgmestre 

Monsieur le Régent, notre modeste commune est fière 
et heureuse de vous recevoir sur son territoire. Cette 
journée mémorable sera marquée d'une pierre blanche 
dans les fastes de notre humble cité. 

Le Régent 

Ce que l'histoire retiendra surtout, Monsieur le Bourg- 
mestre, c'est que Sa Majesté Léopold I er de Belgique aura 
fait ici son entrée dans son Royaume et que c'est à La 
Panne que se sera joué la Destinée de la Dynastie Belge. 

de Surlet (aux membres du. Congrès National 
et au Bourgmestre) 

Messieurs, je bénis l'instant proche qui va nous donner 
un Roi. — Ce Roi, Messieurs, est un Prince éclairé de- 
vant lequel l'Europe s'incline. — C'est un Brave qui a 
fait sa réputation sur les champs de bataille et c'est un 
Souverain qui n'aura rien du Monarque déchu. — Mes- 
sieurs, en de telles mains J'ai hâte de déposer l'autorité 
que vous m'avez confiée. 

(On entend des acclamations répétées venant de 
France). 

VIVE LE ROI DES BELGES ! 

(En ce moment des trompettes peuvent sonner des 
fanfares de fantaisie pour annoncier l'arrivée 
du Roi, ou bien, sonneront « Aux Champs »). 



— 47 - 

SEPTIÈME SCÈNE. 

Les mêmes. — - Le ROI. 

Apparait le Roi Léopold en grand uniforme, suivi 
de Ch. Rogier, ne nombreux Dignitaires civils 
et de plusieurs généraux. 

La troupe présente les armes 
La musique jous un vieil air flamand: « Reuze- 
lred»(l); les Belges crient: 

VIVE LE ROI ! 

Quand les acclamations se sont éteintes : 
de Surlet {au Roi) 

Sire, au nom de la Belgique entière, je veux vous dire 
combien nous sommes heureux de Vous recevoir sur no- 
tre sol libéré, et combien sont sincères nos remerciements 
pour Celui qui daigne régner sur la Belgique et la con- 
duire vers le Progrès. 

Le Roi 

Monsieur le Régent, toujours j'aurai à vous féliciter 
pour l'œuvre de construction que vous avez réalisée per- 
sonnellement et en si peu de mois d'indépendance. 

Le Roi 

En ce qui me concerne, j'estime que « les destinées » 
humaines n'offrent pas de tâche plus noble et plus utile 
que celle d'être appelé à fonder l'Indépendance d'une 
Nation et à consolider ses libertés. 

Le groupe officiel, suivi du peuple crie : 

VIVE LE ROI ! 

(1) Voir: « Chansons Populaires des Provinces belges » par 
E. Closson, chez Schott, Frères, à Bruxelles. 



Une jeune fille (s'approche et dit ce compliment) 

Les mains d'une fille flamande 
Humblement, Sire, Vous demandent 
De vouloir accepter ces fleurs 
Aux teintes de nos trois couleurs. 
Pour ces trois couleurs glorieuses 
Des existences des plus fameuses 
Ont voulu se sacrifier, 
Nous assurant la Liberté. 

MÉRODE, NlELLON, JëNNEVALLE, 

Vivants sous la terre fatale, 
A Vous font appel pour bâtir 
Sur leurs corps, un grand Avenir 1 
Gonflant en Votre sagesse, 
Le Pays attend la richesse ; 
Bien moins pourtant, en vérité, 
Que l'éclat de Votre bonté 1 
Par la Flandre et la Wallonie, 
Partout déjà nos jeunes filles 
Ont préparé de beaux bouquets 
Qui sèmeront de points coquets 
Le droit chemin de Votre Gloire. 
Et de leurs corolles d'ivoire 
Nos fleurs, en un délire fol, 
Acclament le ROI LEOPOLD ! 

Le Roi remercie la gente jeune fille, pendant que 
tons crient : 

VIVE LE ROI ! 

~*^ (Le Roi est conduit au Trône par le Régent, tan- 
dis que les Autorités s© dirigent vers l'estrade 
où de nombreuses Dames sont venues se pla- 
cer depuis riinstallatiion de la femme' du Bourg- 
mestre). 

Le^ Roi fait le geste qu'il veut parler pour répondre 
aux acclamations ininterrompues. — Silence 
immédiat). 



— 49 — 

Le Roi 

« Mon cœur ne connaît d'autre ambition que celle de 
vous rendre heureux ». 

^Nouvelle acclamation). 

Ici se placent des chants comme : « Où peut-on être mieux • 
de Grétry ; des danses exécutées pair des enfants comme par des 
adultes sur les vieux airs : « Het Kwezelke » (1), « Rooiden- 
dans » (1), etc. ; puis une farandole débouche de la coulisse et 
serpente sur la scène et autour du trône au son d'un vieil air 
wallon : « Valeureux Liégeois » (1), « Les Tournaisiens sont là > 
(1), etc. ou de quelque vieil air flamand comme « Mie Katoen. ». 
Ces morceaux peuvent être chantés par le chœur constitué par 
la foule. 

Quand elle est finie, le Roi se lève et dit : 



Messieurs, j'ai hâte de me rendre à Bruxelles, car je 
brûle de prêter devant les Représentants de la Nation le 
Serment de maintenir l'Indépendance de celle-ci et l'in- 
tégrité du territoire Belge. 

Le Roi descend du trône pendant que crépitent 
les bravas). 

Le Roi (plus près de la foule) 

Je pars vers la Capitale, le cœur animé d'ardeur et 
d'espérance, ayant foi en la Destinée de la Belgique ! 

(Acclamations, Le Roi salue militairement). 

Puis il s'en va avec sa suite au son de « La Bra- 
bançonne » qui rend la foule muette et immo- 
bile. 



FIN. 



(1) Voir : « Chansons Populaires des Provinces Belges », par F. 
Closson, chez Scott Frères, Bruxelles. 



air: amis la matinée est belle. 

(La Mnette de Portioi d'Auber) 



c'est l'amottr, l'amour, 

les flic- fl»o ; les rigaudons (Air.'dela cantre danse 
de la PIE VOLEUSE, de Rossini) 




LA 1 B BlîAB A X (,: N N E 
—Sur l'Air des Lanciers Polonais- 



Allegro 




ra -ge. Loin de nous les a--re--fou les' Loin de 




AIR! TE SOUVIENS TU, 
disait un capitaine. 




-pok' re-ce-voir nuit hom-mage Et sur nos coeurs er. oes Ueuxriens rs 



fcVV^- T ^F^--FF3=^J—J — ffH*4f~ è~+ -fi^J^T^ 


■-gnei Par tes bien-faits p-.r ta olé--men-Cf. Fais noi^s, sen 


« 


tir /.es pou-voirs et tes droits Et que ce soit par la re-con--nais-- 


-sanoe Que la Bel-yi-quo bé-4sse à ta voix Et que ce 


soit pir la re-oon-nais-san-ce Que la Bel-gioue o-bé-nse à t* 


■fe&kr^^ ? r i r ! r- ft- J— *— j t-j -v^~ ^ 



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2635 La Belgique naissante 

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